Samedi 26 décembre 2009 à 14:29

« On a connu vos noms... Mais on vous a rarement vues ».

Le grand livre de ta mémoire ne s'écrit plus. Ses pages tombent en poussière ; les mots qu'elles portent s'effacent un à un. Le fleuve de l'oubli, gonflé de tes ans, arrache jusqu'aux noms qui te sont chers. Qui étaient. Depuis que l'encre du passé a commencé à disparaître, j'ai imaginé cent fois le jour où je serais une étrangère pour toi. J'imaginais la blessure. Je m'y suis tant préparée qu'elle n'a pas été aussi vive qu'on aurait pu le craindre. D'ailleurs, cela n'a pas été brusque. Au début, nos visages t'étaient familiers, même si nos noms t'échappaient parfois.

Aujourd'hui, nous avons dû te répéter plusieurs fois qui nous étions. Tu acquiesçais de la tête, comme si la généalogie te revenait en mémoire, et oui, bien sûr, nous avions un air de famille.

« On a connu vos noms... Mais on vous a rarement vues ».

Oui, rarement. Soudain, en quelques mots, la réalité disparaît. Rien de tout cela n'a existé, ces images ne sont que rêve peut-être, ou réminiscences d'une vie antérieure, ou existence d'une autre famille, ou inventions d'un esprit embrumé. Dans ton univers, rien n'a existé. Ni les repas de Noël et d'anniversaire, ni les enfants qui jouaient dans le salon, ni les mercredis passés avec toi, avec vous, ni les quelques plaisanteries que tu répétais sans cesse. Tu n'as jamais voulu nous faire croire que tu savais couper et recoller un morceau de ton doigt. Nous n'avons jamais pris soin du jardin ensemble. Je n'ai jamais arrosé les plantes n'importe comment, dirigeant le jet d'eau à droite à gauche, même sur ton crâne chauve. Tu m'aurais dit que cela ne ferait pas repousser tes cheveux, et cela m'aurait fait rire, mais tout cela n'a jamais eu lieu. Le mercredi midi, vous m'auriez acheté des Babybel. J'aurais ouvert un peu mes partitions de solfège avant de courir à la petite école de musique que vous appeliez toujours « le cours complémentaire » en souvenir de son ancienne fonction, en souvenir d'un temps que je n'ai jamais connu. J'aurais joué des heures durant avec un téléphone en plastique et quelques peluches. J'aurais regardé les dessins animés. Tu nous aurais proposé la camelote que les catalogues t'envoyaient en cadeau. Tu nous aurais longuement enregistrées sur ton dictaphone, en train de parler, de chanter. Tu aurais accroché des photos de nous au mur. Tu aurais fait nos portraits à la peinture à l'huile.

Tout cela soudain s'efface, disparaît, s'évanouit comme un mirage. Ces années ont fui vers le néant. Qui sommes-nous à présent ? Sommes-nous de ta famille ? Existons-nous encore lorsque nous ne sommes pas devant tes yeux ? Nos noms signifient-ils quelque chose pour toi ? Il semble bien, oui, qu'ils t'évoquent confusément quelque chose : on a connu vos noms. Mais ces noms ne te concernent plus, ils sont ceux d'étrangères qui sont de ton sang, peut-être, mais que tu n'as pas eu l'occasion de connaître.

« On a connu vos noms... Mais on vous a rarement vues ».

Un large pan de nos vies est nié, rayé, effacé, englouti dans l'abyme béant de tes yeux, ce précipice vertigineux qui nous aspirera sans doute à notre tour, ce prépice qui exhale un souffle glacé, le souffle du néant, le souffle de la mort qui te guette, le souffle de l'oubli. Ce gouffre ne connaît pas de visage, identité, réalité. Il n'est pas une porte vers un ailleurs. Ce gouffre n'est que néant, et peu à peu tu deviens ce gouffre. La mort déjà dans un corps encore en vie.

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Par Hazel le Samedi 26 décembre 2009 à 23:25
Bonjour, bonsoir, tout dépend de l'heure à laquelle tu liras ce commentaire (qui ne t'es pas destiné qu'à toi, mais le collectif à qui ce qui suit est proposé est réduit).

Je te contacte car avec Jude (novembre.cowblog.fr), comme tu le sais ou ne le sais pas, nous avons créé voilà six mois Le Hangar, http://le-hangar.com, qui est un site littéraire où l'on s'est donné pour but de publier régulièrement des critiques de livres en tout genres (classiques, policiers, théâtre, poésies, nouvelles, nouveautés, anciennetés, etc...) ainsi que (surtout !) des textes d'internautes (nouvelles, poésie...) et quelques chroniques sur l'art de temps en temps. Nous avons également mis en place un forum. Seulement, le Hangar - le site et le forum - ne sont plus du tout en activité, personne ne participe; depuis plus de deux semaines il n'y a même pas eu un seul commentaire.
Donc voilà ce que nous avons décidé : fermer le Hangar pour un petit bout de temps encore non determiné, et le recréer en améliorant le système communautaire, en ajoutant des fonctions pour le rendre plus attayant, en publiant régulièrement des nouveautés. Et pour cela, nous avons décidé de te contacter ainsi que quelques autres personnes, afin de te proposer un poste de "critiqueur et/ou chroniqueur" sur le Hangar dès que celui-ci sera réouvert.
En quoi cela consiste ? C'est simple : à chaque fois que tu liras un livre, tu pourras publier un article sur le Hangar en résumant un petit peu l'histoire et surtout en partageant tes impressions sur le bouquin (bonnes ou mauvaises), histoire de ne pas se borner à recopier la 4ème de couverture. Tu pourras également rédiger des articles sur un musée, un concert, un tableau, un spectacle, un événement culturel, un article de journal qui t'a particulièrement marqué, non dans le but de raconter sa vie ("ouais aujourd'hui je suis allée à Beaubourg c'était trop coul ! Youpi !" on ne cherche pas ça) mais dans le but de partager une information une impression sur un endroit, une oeuvre d'art, dire pourquoi ceci a attiré votre attention, ou au contraire pourquoi quelque chose vous a révolté.
Bien évidemment, il ne s'agit pas de passer sa vie sur le pécé en publiant trente articles par jour. Mais on tient absolument à poster un nouvel article au mois tous les jours, ou tous les deux jours. Comme nous avons l'intention de nous regrouper pour être cinq, six, sept, un ou deux articles par semaine et par personne seraient amplement suffisants.
Il n'y a pas d'engagement définitif, si tu ne publies qu'un ou deux articles par mois, ou alors si tu as vraiment l'envie cinq par semaine, cela nous va parfaitement aussi, il faudrait juste nous dire approximativement combien de fois penses tu publier. Si à un moment ou à un autre, pour une quelconque raison tu as envie d'arrêter il suffira de nous en parler, que ce soit seulement pour une période de vacances ou définitivement.
Voilà, si tu es interessé, recontacte nous à cette adresse si l'idée te plait : contact@le-hangar.com

PS : désolée pour ce pavé d'une demi page !

Bien à toi,
Hazel, du Hangar.
Par Hazel le Dimanche 3 janvier 2010 à 15:36
D'accord, il n'y a pas de soucis ! Quelques cowbloggeurs ont répondu présent à l'appel donc on a une petit équipe quand même. C'est gentil d'avoir répondu.

Je t'embrasse, bonne chance pour cette rentrée !
 

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